Folie
J’ai été exhumer de mes cartons cette vie de papier. Un par un, je parcours ces cahiers qui jusqu’à présent devaient me conserver. Je relis avec une angoisse sourde les plus anciens, épiant, redoutant la phrase assassine qui ne manquera pas de n’évoquer aucun souvenir. Là, mon regard s’attarde sur un croquis brouillon … mais finalement le souvenir resurgit fort et limpide, fausse alerte.
Bientôt les mots perdent leur substance, les scènes se superposent, s’annulent. Derrière mes yeux, c’est un véritable kaléidoscope : couleurs passées, instantanés en miettes, brisures vivides, sons discordants, odeurs trop fortes. L’ensemble ressemble à un rêve hallucinant qui s’efface déjà, pressé de rester l’hôte de ma nuit. Très vite, il me faut refermer ces carnets sous peine de me perdre.
C’est une expérience traumatisante. Comment imaginer rationnellement que l’on puisse s’égarer dans son propre esprit ? Pourtant c’est exactement ainsi que la folie a longtemps été décrite. Cette folie que l’on soignait par un isolement forcé, substitut bâtard à l’évasion dans le désert.