Je tourne et retourne cette p***** de phrase dans ma tête. Je maudis L. de toutes mes forces. Après l’obsession, la frustration s’installe. Je déteste cette faille, l’écriture quotidienne m’a toujours procurée un sentiment de stabilité. Ces mots, croquis, étaient ma bouée, la garantie que je n’étais pas juste un songe. Un trou et toute la trame se délite, quel fil est solide, quel autre fil va casser ?
Un vendredi, en juillet, d’après le reste du récit, c’était le début ou presque des vacances. Mes vacances sont en général découpées en quatre phases chacune intense à sa façon : l’attente – le jour du départ est mystérieusement pourvu de 30 heures; la découverte – premières impressions, richesses, trésors que je tente de récupérer dans mes carnets; la tranquillité – la nouveauté apprivoisée la nonchalance s’installe, les siestes sont de rigueur; et enfin le blues – adieux déjà, retour à la vague monotonie des non vacances.
Donc, ce jour là était sans conteste dans le premier quartier. Plein d’urgences, de listes, d’éparpillements, les pages sont remplis de courtes notes sans queues ni têtes, pèle-mêle. La chronologie n’est pas fiable, l’histoire décousue, brouillée. Seul L. attire mon regard comme un mirage en plein désert.